Brésil : La production de café peut être moins importante que prévue
Nous annoncions courant mai au retour du Séminaire de Guaruja que nous ne partagions pas les avis très optimistes de nombreux intervenants brésiliens sur les perspectives historiques de récolte 2008/2009.(52/55 millions de sacs). Au fur et à mesure que la récolte se trouve engrangée, les commentaires se font plus prudents et tendent à prendre en compte plusieurs phénomènes d’ordre essentiellement climatiques mais également agronomiques, constatés au cours des deux derniers mois.
Tout d’abord, le retard de la cueillette est désormais considéré comme un facteur préoccupant non seulement pour la cueillette en cours (2008/09) mais également pour la récolte suivante 2009/10.
En effet, la et/ou les floraisons d’octobre/novembre 2007 ont été très tardives, entraînant un retard de la cueillette de 4 à 8 semaines selon les régions. Alors que la récolte n’est engrangée à ce jour qu’à hauteur de 55 à 60 % selon les régions, quelques floraisons ont déjà eu lieu profitant des premières pluies de la fin de semaine dernière. On trouve aujourd’hui sur les mêmes branches des cerises sèches en attente de ramassage et des fleurs. Le coût croissant de la main-d’œuvre n’encouragera pas le producteur à ramasser le restant de sa récolte, qui sera entre-temps tombé au sol (dans certaines régions, on avance déjà le chiffre de 15 % de grains au sol).
On avait annoncé une très bonne récolte, de très bonne qualité . Si la qualité à la tasse est effectivement confirmée pour la partie déjà récoltée, on constate que les fèves présentent un crible inférieur à la moyenne, ce qui entraîne une baisse de rendement; à titre d’exemple, dans le Sul de Minas, il faut 9,3 mesures (de 40 litres de cerises) pour donner 1 sac de café vert usiné; pour la récolte 2007/2008, il n’en fallait seulement que 7 pour produire le même sac de café. Cela signifie-t-il que la récolte en cours doit être révisée en baisse de 25 % ? Certainement pas; mais on doit dès à présent, comme on a pu le constater au cours de récoltes antérieures, admettre qu’une baisse de rendement entraîne mécaniquement une baisse quantitative de la récolte. Nous estimons aujourd’hui que la récolte 2008/2009 pourrait être affectée d’un coefficient de baisse d’environ 10 % et qu’une récolte inférieure à 50 millions de sacs ne nous étonnerait pas. On a déjà constaté cette baisse sur la récolte de robustas conilon, en totalité engrangée (on ne parle plus de 12 mais plutôt de 10,5 à 11 millions de sacs).
Le climat prévalant au cours des mois d’été brésilien a été atypique certes, mais favorable à la cueillette jusqu’à ces derniers jours et plutôt chaud pour un hiver ; les pluies semblent plus précoces que d’habitude, compliquant les pronostics quant à l’arrivée des floraisons. Les floraisons très tardives en novembre dernier 2007 (pour la récolte 2008/2009) seront-elles suivies de floraisons précoces pour la récolte 2009/2010 ? Encore un peu tôt pour le dire ; mais des fleurs cohabitant avec des cerises sèches sur les branches ne sont pas propices à la quantité (pour la récolte future) ni à la qualité pour la cueillette en cours.
Enfin, il convient de s’interroger sur la viabilité économique de la caféiculture brésilienne (comme dans le monde entier). Au prix du marché intérieur actuel (250 reais le sac de café sul de minas), de nombreux producteurs ne sont enclins ni à vendre leurs cafés ni à soigner leurs plantations. La hausse des prix du pétrole, des engrais, des charges sociales et l’engouement pour des productions agro-exportatrices annuelles sont autant de facteurs qui peuvent décourager les producteurs versatiles attirés il y a quelques années par des prix du café en hausse et les nombreuses aides financières gouvernementales. On trouve de plus en plus fréquemment de fazendas à la vente, ce qui est un évènement dans l’histoire caféière brésilienne. Alors, faut-il déjà imaginer un scénario de crise pour la prochaine récolte 2009/2010, puisqu’elle correspondra de plus à un cycle biennal de basse production ? C’est un peu tôt pour le dire mais il est déjà temps d’y penser.
Bertrand BOUVERY
Port Villez le 22 août 2008